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Histoire

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Pont-Salomon, un simple lieu-dit

Pont Salomon, le pont du mont du sel selon l’étymologie, un petit lieu-dit d’une centaine d’habitants, situé sur deux provinces le Forez et le Velay, écartelé entre trois communes, devient en une vingtaine d’années, de 1842 à 1865, un village-usine de 1 300 âmes doté d’une mairie et d’une église. Cette mutation tient à un nom : les usines de faux Dorian.

Avant 1842, année de la mise en fonctionnement du premier atelier sur les bords de la rivière, Pont-Salomon, dont l’existence est avérée dès le milieu du XVIe siècle, ne compte qu’une petite centaine d’habitants : meuniers et papetiers sur les rives de la Semène, paysans sur les plateaux, renforts ou voituriers pour aider les attelages hippomobiles à monter les côtes de la route royale ou impériale Lyon-Toulouse qui traverse le village en franchissant la rivière par le pont construit sous Louis XV vers 1758 (il remplace un ancien pont bicentenaire, érigé vers 1563, puisque c’est cette année qu’est mentionné pour la première fois le toponyme Pont-Salomon dans le terrier de Saint-Didier).

L’époque Massenet (1842-1854)

En 1842, un industriel, Alexis Massenet, père du compositeur Jules Massenet, décide de délocaliser son usine de faux et faucilles établie à La Terrasse, commune de Montaud, près de Saint-Etienne dans la Loire, à une trentaine de kilomètres du lieu-dit altiligérien. Cette usine qu’il avait installée en 1839, venant de Toulouse où il avait créé la première usine de faux en France en mars 1815, présentait de graves lacunes, dont celle entre autres de fonctionner à la vapeur. Cette force motrice des martinets était plus onéreuse que la force hydraulique utilisée par ses concurrents, dont Pierre-Frédéric Dorian qui utilisait l’eau du Furan dans son usine des Balaires à Rochetaillée en amont de Saint-Etienne. Pont-Salomon est le lieu idéal pour l’implantation de sa nouvelle usine, car peu éloigné de la ville industrielle qui lui fournit le charbon et l’acier, et traversé par une grande route qui facilite le transport. Associé aux frères Jackson, d’importants aciéristes anglais établis entre Saint-Chamond et Rive-de-Gier dans la Loire, il achète en 1842 et 1843 trois papeteries au Pont, Chabanne, le Foultier-haut, et un moulin au Vieux Moulin. La production annuelle variera entre 250 et 300 000 faux pour 100 000 faucilles. Les quatre ateliers emploient environ une centaine de forgerons, dont huit allemands et six autrichiens aux postes les plus techniques, et vingt marteaux tapent dans la vallée (deux étireurs, dix-huit platineurs). Il est à noter que l’usine de La Terrasse continue de fonctionner jusqu’en 1859 avec un marteau platineur et six marteaux planeurs. Alexis Massenet vend sa dernière action dans l’affaire le 29 août 1854. Il a alors 66 ans, et est domicilié au 25 Faubourg Montmartre à Paris. La famille n’a que très peu habité Pont-Salomon, tout juste un an entre 1846 et 1847, où elle est logée dans une somptueuse demeure au lieu-dit Pont-de-Bois, sur le bord de la route royale.

L’époque Dorian : création de la commune puis de la paroisse de Pont-Salomon

Pierre-Frédéric Dorian, né le 24 janvier 1814 à Montbéliard, disciple de l’utopiste Fourier, ami de Victor Considérant, ancien « mauvais » élève de l’Ecole des Mines de Saint-Etienne, avait donc monté à Rochetaillée une usine de faux avec l’ingénieur Dumaine. Il était devenu le gendre du célèbre aciériste Jacob Holtzer qui au Vigneron (Unieux), à côté de Firminy, fondait selon les techniques allemandes. En 1856, il devient actionnaire dans les usines de Pont-Salomon, et crée la célèbre société d’outils agricoles « Dorian-Holtzer, Jackson et Cie ». Il achète trois nouveaux sites en aval des ateliers Massenet, une ferme, un moulin et une papeterie au lieu-dit Le Foultier-bas, qui deviendra l’Alliance, un petit moulin à La Fraque, un moulin et une ferme à La Méane. La Fabrique de faux comprend désormais sept usines étirées sur près de trois kilomètres le long de la rivière. L’apogée se situe entre les guerres de 1870 et 1914, avec une production annuelle de 400 000 faux pour une production nationale de 1 million. Environ 400 ouvriers y travaillent, dont près de 300 sur l’imposant site de l’Alliance qui compte quatorze bâtiments. Pendant la guerre de 1870 l’usine va fabriquer 45 680 sabres, il faut dire que son principal actionnaire est aussi Ministre des Travaux Publics, chargé d’organiser la défense de la capitale. Le village explose démographiquement, et très vite trois problèmes se posent. Le premier est celui de l’hébergement de ces nouvelles familles. On construit donc à côté des ateliers des bâtiments collectifs en brique. Ce matériau est plus facile d’utilisation et il faut faire dans l’urgence. Le symbole de ces maisons de forgerons entourées de jardins potagers ouvriers est bien sûr l’incontournable Caserne, de 100 mètres de long, construit en deux corps à partir de 1855, et qui, avec 56 familles logées, chacune dans deux pièces, devient le centre démographique du village, regroupant un tiers de ses habitants. Au sous-sol de cette immense bâtisse sont installées la première école qui fonctionne en 1861, avec trois instituteurs frères et une institutrice religieuse, logés et rétribués par les usines, (gratuité pour les enfants, filles ou garçons, des ouvriers) et, à côté, la chapelle desservie par un aumônier payé lui aussi par les usines. Cette dernière disparaîtra en 1872 avec la création de la paroisse et l’utilisation de la nouvelle église construite en 1870 ; l’école sera transférée le 1er mai 1916 dans le nouveau groupe scolaire, avec mairie au centre, payé par les usines. A leur place s’installera la Coopérative des usines où les ménagères trouvent quantité de produits variés à bas prix. Le deuxième problème est d’ordre administratif : avec plus de 1 000 habitants il devient difficile d’être écartelé entre trois communes. Ce sont les usines de faux qui, sous la houlette de leur Directeur local, Monsieur Fleury Binachon, vont faire pression et obtenir du Préfet la création de la commune le mercredi 12 juillet 1865. Quant au troisième problème, religieux, il sera plus épineux à régler avec l’évêque du Puy, Mgr Le Breton. Il faudra que les usines mettent à nouveau la main au portefeuille et construisent l’église pour que l’administration ecclésiastique accepte la création de la paroisse, qui ne sera effective que le mercredi 24 juillet 1872, sept ans après la commune. Les usines avaient déjà payé la construction du cimetière où les premières inhumations avaient eu lieu en 1868, et du presbytère (l’actuelle mairie) en 1871.

Très vite la commune, dont les maires sont bien évidemment les Directeurs des usines, et ce jusqu’en 1944, à l’exception du tout premier, un aubergiste local, Jean-Baptiste Boudarel, choisi « malencontreusement » par le Préfet Charles Demonts, est dotée des derniers progrès de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. L’usine ne sait rien refuser à « sa fille. » C’est la ligne de chemin de fer Firminy-Annonay qui passe dans la commune et qui est inaugurée le 1er septembre 1885, le bureau de poste le 30 juin 1886, le télégraphe le 10 avril 1887, le téléphone, la fée électricité en 1902 avec la centrale hydraulique de La Méane. Les familles ouvrières qui habitent le long de la ligne peuvent « prendre » le courant la nuit lorsque l’usine ne travaille pas, et « le rendent » la journée.

Source : J. Gourgaud